Intelligence incluse

Nombreux sont ceux qui, lorsqu’ils pensent à l’innovation, voient Charlie Chaplin dans son célèbre film Les Temps modernes, bien que ce dernier dépeigne un tableau nostalgique et irréaliste. Mais une chose est certaine : quel que soit le contexte, le système ou l’industrie, l’automatisation n’est rien de moins qu’une révolution.

« L’autoréplication est un aspect essentiel de la vie biologique qui a été largement négligé dans les systèmes d’intelligence artificielle. Nous décrivons ici comment développer et entraîner des réseaux de neurones autoréplicatifs. » Une affirmation d’Oscar Cheung et Hod Lipton, du département des sciences informatiques de l’université de Columbia de New York, publiée dans un article sobrement intitulé « Neural Network Quine ». Les deux scientifiques y expliquent comment les logiciels, en plus de s’optimiser, se multiplient. En d’autres termes, « la loi du plus fort » s’est emparée du code. Y a-t-il encore quelque chose à accomplir pour l’intelligence artificielle ? Et s’il fallait approfondir l’idée d’un programme réplicatif, quels genres d’automatisation seraient envisageables ?

Source : McKinsey Global Institute. « A future that works. Automation, employment, and productivity », 2017

Une force mondiale qui affecte toutes les activités

Du logiciel à l’intelligence artificielle, de l’apprentissage automatique au deep learning, de la communication de machine à machine aux cobots, tous ces développements trouvent leur voie dans l’automatisation dans le but d’accroître l’efficacité et la productivité. Mais cela n’est pas sans conséquences : « L’automatisation sera une force mondiale affectant l’ensemble des pays, des secteurs, des emplois et des activités professionnelles ». Voilà ce qu’avance le rapport de McKinsey « A Future That Works: Automation, Employment, and Productivity ». Il poursuit ainsi : « Les machines et algorithmes jouent d’ores et déjà un rôle bien plus important sur le lieu de travail, mais quand ressentirons-nous tous l’impact des technologies d’automatisation ? Les machines pourraient-elles vraiment accomplir la totalité ou la majeure partie du travail qu’effectuent les humains aujourd’hui ? Et si oui, quand ? »

En effet, l’automatisation peut s’apparenter à un simple transfert de tâches de l’homme à la machine. Mais son véritable pouvoir réside dans sa capacité à révolutionner les modes de fonctionnement traditionnels, tant pour les entreprises que pour les individus, avec des machines dotées de forces et de capacités différentes mais fondamentalement complémentaires des compétences humaines (en matière d’échelle, de vitesse et d’aptitude à éliminer la complexité).

Agilité, évolutivité, réactivité et transparence : des vertus essentielles

Comme le fait remarquer Aman Katyal, directeur de la chaîne logistique chez Capgemini Business Services, dans son article « Reimagining the Supply Chain in the Era of Intelligent Automation », si l’économie pré-numérique était essentiellement pensée dans une optique d’efficacité, à l’ère du numérique, l’agilité, l’évolutivité, la réactivité et la transparence sont incontournables.

Une transformation fondée sur quatre piliers : un écosystème connecté, des processus intelligents, une analyse cognitive et une réalisation autonome. Sans oublier un nouvel état d’esprit. Katyal poursuit : « Une transformation numérique réussie ne découle pas de la mise en œuvre de nouvelles technologies isolées, mais de la transformation de l’organisation en vue de profiter des opportunités qu’offrent les nouvelles technologies. »

Imaginer de nouveaux axes de croissance, adapter l’entreprise d’aujourd’hui à demain, repenser les choses pour en faire plus avec moins afin d’obtenir de meilleurs résultats et orchestrer des méthodes de travail innovantes. Tout au long du parcours d’automatisation, les organisations adoptent et mettent en œuvre une automatisation robotisée des processus (RPA), en automatisant des processus fondés sur des règles avec des programmes logiciels qui ne nécessitent pas d’interaction humaine puis en les appliquant à des systèmes comme des ERP ou des bases de données.

L’automatisation des activités existantes pourrait augmenter la productivité à une échelle comparable aux autres technologies principales.
Source : McKinsey Global Institute. « A future that works. Automation, employment, and productivity », 2017


Des machines qui comprennent des niveaux de complexité croissants

Des systèmes qui continueront d’égaler et de surpasser les performances humaines

Après la RPA vient l’automatisation intelligente, « qui comprend des technologies comme l’apprentissage automatique et les flux de travail dynamiques », explique la société de services professionnels Genpact. « L’automatisation intelligente apporte une valeur exponentielle en apprenant et en s’adaptant tout en s’automatisant. » Au moment où les machines s’habituent à comprendre le langage humain, à lire des blogs et les actualités, à discuter avec des personnes et à assimiler ce qu’elles entendent, elles seront en mesure de saisir des niveaux de complexité accrus ainsi que de structurer des données et des contextes de manière à faciliter leur utilisation par leurs collègues humains.

« Cela fera d’elles des assistants de plus en plus utiles et les humains pourront améliorer la qualité des services offerts à leurs collègues et à leurs clients. Selon le livre blanc de l’UBS Group Innovation « Intelligent Automation », lorsque les systèmes pilotés par l’IA accompliront davantage que de simples tâches de routine, les humains auront sans doute plus de temps à consacrer à des activités plus créatives.

Une idée qui a même fait son chemin dans les plus hautes sphères de la politique : selon l’étude « Artificial Intelligence, Automation, and the Economy » publiée par l’administration américaine en décembre 2016, « bien qu’il soit peu probable que les machines fassent preuve d’une intelligence largement applicable comparable ou supérieure à celle des humains au cours des 20 prochaines années, il faut s’attendre à ce qu’elles continuent à atteindre et à dépasser les performances humaines sur un nombre de tâches de plus en plus élevé ».

Il en résultera des environnements vraiment intelligents qui viennent à la rencontre des individus là où ils se trouvent.

 «

Paul Daugherty, directeur des technologies chez Accenture

Un « Internet de la pensée » alimenté par la robotique, la réalité immersive et l’IA

Que cela implique-t-il concrètement ? Des exemples tirés de la logistique montrent à quel point l’automatisation intelligente a déjà progressé, notamment avec la genèse de nouvelles activités et de nouveaux modèles opérationnels. Lorsque l’état des envois et des systèmes devient disponible à travers la reconnaissance d’images ou lorsque les logiciels et l’automatisation intelligente permettent un transport totalement autonome et réduisent les tâches répétitives, le travail des opérateurs peut se réorienter vers des missions plus exigeantes.

Le potentiel d’automatisation technique se concentre dans les pays les plus peuplés ou dans lesquels les salaires sont plus élevés.
Source : McKinsey Global Institute. « A future that works. Automation, employment, and productivity », 2017

Comme l’explique Paul Daugherty, directeur des technologies chez Accenture, « l’automatisation intelligente permettra aux entreprises d’innover et d’évoluer en développant leur agilité, en réduisant la complexité des systèmes et des opérations, en accélérant leur commercialisation et en créant la capacité d’expérimenter en permanence avec de nouveaux produits et services ».

Il va même plus loin en envisageant un « Internet de la pensée », alimenté par la robotique, la réalité immersive, l’intelligence artificielle et les appareils connectés, qui apporte au monde physique un degré inédit de sophistication technologique. Pour réussir à ce niveau, les entreprises doivent accomplir un travail considérable dans les domaines clés des stratégies et processus métier, de la conception des services à la transformation des infrastructures, sans oublier les considérations relatives au matériel. Comme l’explique Daugherty dans la « vision technologique 2018 » d’Accenture : « Il en résultera des environnements vraiment intelligents qui viennent à la rencontre des individus là où ils se trouvent. »